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samedi 1 janvier 2000

Evolution naturelle de la forêt de Fontainebleau

Fontainebleau ou "l’indomptable" nature


Loin des polémiques médiatico-politiques, des procès d'intention et des désidératas, tant de l'ONF que des associations d'usagers, la nature continue de sculpter les paysages forestiers. Hélas ou heureusement, ce n'est pas à nous de trancher, les nouvelles méthodes d'exploitation forestière ou de protection n'y peuvent rien. La nature est ainsi faite. L'érosion restera un phénomène naturel et structurant de nos paysages, les tempêtes et les incendies continueront de ravagers les espoirs de nos forestiers et les actions de l'homme sur son environnement vont très certainement conduire à de profonds changements dans les décénies à venir.


Bref, avant de jeter la pierre aux forestiers, petits rappels historiques de ce qui fait que Bleau est Bleau.


Incendie d'Août 1904 à Fontainebleau


La première grande tempête dont on trouve trace nous est signalée aux environs de 1500 mais il est difficile d'estimer les dégâts qu'elle a causés. Rappelons qu'en 1796, plus de 4 000 ha de la surface de la forêt sont nus de tout arbre !
Le terrible hiver 1879 1880 détruisit plus de 500 000 stères de bois. Il faudra replanter plus de 15 millions d'arbres sur dix ans pour avoir une chance d'effacer la cicatrice.

En 1894 et 1897, deux énormes incendies ravagent le site de Franchard. En janvier 1899, le plus vieux chêne de la forêt prénommé le Briarée, s'écroule sous le poids des ans. On lui attribua en effet l'âge respectable de huit cents ans ! Son tronc mesurait 6 m 60 à la base. Une mini tempête couche 12 000 pins !

Les 14 et 15 août 1904, un grand incendie détruit le Clovis, un des plus beaux chênes de la forêt. En décembre 1906, le Hoche, s'écroule. Agé seulement de 500 ans son tronc fait 5 m 20. Les premières cartes postales témoignent de ces monts rocheux complètement pelés ou ravagés par les flammes.

Les premiers pylônes de surveillance et de lutte contre les incendies sont construits en 1910. Toutefois, ils ne les empêchent pas et en 1912, les feus reprennent leur travail de destruction ! Ainsi, en 1918, Paul Reuss comptabilisera 1 700 ha de surface ravagée par le feu.

Dans la nuit du 17 au 18 février 1925, le chêne Charlemagne s'écroule probablement sous l'effet du vent, ses racines étant pourries. Son tronc avoisine les 7 mètres de circonférence et son âge est estimé à 1 000 ans (ce qui est probablement inexacte) ! Deux ans plus tard une nouvelle tempête cause d'importants chablis.



Outre la surexploitation (800 000 m3) provoquée par la guerre, la forêt et notamment les Trois Pignons, souffre des incendies allumés par l'occupants pour détruire caches d'armes et abris de maquisards. Ainsi plus 1100 ha brûlent en 1943 puis 946 ha en 44 et 825 ha l'année suivante !
Les Drei Zinen en réalité...
Le témoignage de Maurice Martin donne une bonne vision du paysage avant naissance de La mer de sable du Cul de Chien dans un article publié dans le bulletin du CAF au sortir de la guerre.

" Ceux qui ont connu la région des Trois Pignons il y a quelques années, ne peuvent y revenir sans évoquer, avec regret et amertume, cette mer de forêt qui les y attendait, ils ne peuvent oublier ces épaisses couches de mousse où l'on enfonçait jusqu'à mi-jambe... Mais après les années 43, 44, 45, à part de rares bosquets, partout le désert, le sable à nu, les souches calcinées. Pourtant, maintenant, la nature reprend le dessus, la fougère repousse, de petits arbrisseaux ressortent, le paysage reprend figure petit à petit."

Une petite visite en face nord des Drei Zinnen laisse entrevoir ce que devait être ces tapis de mousses. Aujourd'hui, soixante ans plus tard, la plaie est cicatrisée et la plage de sable se referme doucement...


En 1947, la sécheresse fait sentir ses effets. En 1967, la tempête abat 35 000 arbres. En 1976, c'est de nouveau la sécheresse avec son cortège d'incendies (165 feus traités) mais la protection obtenue grâce aux pylônes de guet permet de limiter les dégâts à moins de 80 ha !

En 1990 puis décembre 1999, la forêt de Fontainebleau, comme beaucoup d'autres, paye un lourd tribut aux vents ravageurs. En effet, en 90, les vents violents couchent plus de 80 000 arbres. C'est aussi l'année de la mort d'un des plus vieux chênes de Bleau : le Jupiter qui sera élagué quelques années plus tard dans des proportions peu raisonnables.
Tempête de décembre 1999 au Rocher Canon



La puissance de la tempête du 26 décembre 1999 est selon toute vraisemblance la plus redoutable qu'ai connu notre pays. En tous cas, en dehors de quelques mentions d'une telle violence en 1581, la France n'avait pas connu de vents aussi violents (150 à 200 km/h entre 7 h et 10 h du matin) même si en février 1990 un violent coup de vent d'une heure avait déjà bien saccagé nos belles futaies bellifontaines... Il fut difficile de mesurer l'ampleur de la catastrophe et ceux qui, comme moi, ont tenté de traverser la forêt ce jour là n'ont fait que butter sur des routes barrées par des amas de troncs. La Route Ronde fut ainsi fermée pendant plus d'une semaine... Il est des endroits qui ont beaucoup plus soufferts que d'autres et parfois, à quelques centaines de mètres l'un de l'autre, des peuplements entiers sont couchés alors que leurs voisins se tiennent fièrement debout. Ainsi, à l'entrée du site d'escalade d'Isatis, entre le parking et les premiers blocs, la totalité des arbres fut détruite alors que le site rocheux n'est pas touché ! Bien sur, se sont souvent les plus grands arbres qui sont touchés. Si beaucoup d'arbres se sont couchés, déracinés par de puissantes rafales, certains gisent au sol après avoir été brisés comme de vulgaires brindilles... Des vues aériennes de la forêt prises par les AAFF témoignent du carnage comme sur les parcelles forestières n°82, 83, 178 (croix St Herem) ou n°562 près de Recloses. Certaines célébrités n'ont pu resister. Le Chêne Sampité (Monts de Fays) fut déraciné tout comme l'un des plus grand séquoias de Bleau (La Tranchée).

En 1999, le Préfet interdit purement et simplement de se rendre en forêt afin d'éviter les accidents en raison de la tempête de décembre. Une mesure qui durera plusieurs mois. Le danger est réel et au mois d'août, j'ai assisté à plusieurs chutes d'arbres imprévisibles. Ceux - ci avaient été déstabilisés et la sécheresse combinée au poids du feuillage a achevé le travail. Depuis, chaque orage qui s'accompagne de vent supérieur à 100 km fait tomber de nouveaux arbres... Il faut dire qu'à Bleau, les orages de Printemps et d'été peuvent être particulièrement violents s'accompagnant souvent d'une grêle assassine pour le feuillage et les cultures maraichères des plaines voisines. Peut être est-ce du à la géographie et aux reliefs des lieux, cette immense marée verte jouant certainement un rôle de régulateur thermique dans le climat local si particulier.






Il faudrait ajouter à l'éventail de ces catastrophes "naturelles", les invasions de parasites comme la chenille du Bombyx (1901, 1994, 2006...) ou les basculements spontanés de rochers (DJ, Beauvais, 95.2, et Caverne d'Augas.)

Bref, malgré les meilleures volontés du monde, les hommes ne peuvent s'opposer aux phénomènes naturels hors norme. Ainsi, les séries artistiques, reclassées en RBI, nous montre aujourd'hui toute la force de certaines espèces colonisatrices de territoire où l'homme les laissent s'épanouir librement.

A la longue, on assiste même à un appauvrissement de ces espaces protégés ! En fait, à elles seules, et c'est là tout le paradoxe des chapitres qui précèdent, à cette longue litanie de polémiques sur la protection de la nature et les méthodes de sylviculture tant critiquées, les RBI justifient pleinement l'intervention humaine dans les espaces naturels sensibles. Sans les forestiers, il serait vain de croire pouvoir maintenir certains biotopes ou habitats qui s'accompagnent d'une flore et d'une faune remarquable et en danger !

Sans les coupes rases de pins dans les Trois Pignons et le Coquibus, des milieux si particuliers comme la grande platière du Larris qui parle à voir sur le sentier bleu n°16  auraient disparu ! Il en est de même pour les mares de platières et les points de vue du Coquibus...

Le dispositif des réserves biologiques intégrales est complété par des réserves biologiques dirigées au sein desquelles forestiers et scientifiques agiront pour maintenir un écosystème spécifique. Ainsi les grandes platières du Coquibus font régulièrement l'objet de coupes rases visant d'une part à maintenir un type de paysage dépourvu de bois et notamment de pins, d'autre part à préserver un type de biotope pour l'épanouissement d'une faune et d'une flore remarquable.

Vous aurez peut être un jour la chance de croiser ici un berger et son troupeau. En effet, depuis plus de dix ans, scientifiques, élus et forestiers débâtent de l'utilisation des troupeaux dans la sylviculture. En effet, le panage des procs et le pâturage pratiqués jusqu'au XVIIIe retardaient considérablement la fermeture des milieux ouverts. Avec eux, nul ne doute que les platières du Coquibus ou du Larris qui parle resteraient déboisées...

Un article du Monde magazine de novembre 2009 ayant pour titre « Espèces, vos papiers ! » faisait une présentation assez juste et ouverte des interrogations sur la biodiversité, entre tenants du "wilderness" (nature pure ) et conservation au service de l'homme, entre fixistes (il faut figer) et évolutionnistes (darwiniens), entre défenseurs d'écosystèmes fermés (et fragiles) ou ouverts (et donc plus adaptables), et quelques réflexion sur la neutralité des scientifiques .

Ainsi, l'une des menaces qui pèse sur nos écosystèmes est l'invasion par ces plantes et animaux venus d'ailleurs. Dans les plantes, Thierry Pain dénonce depuis de longues années la colonisation progressive de la Forêt de fontainebleau par le Phytolaque ou Raisin d'Amérique. On pourrait en citer d'autres comme l'Ailante ou le Prunus tardif, voir le robinier.

Enfin, et bien que nous haïssions les chasseurs, force est de constater que sans eux, et en l'absence d'autres prédateurs, sangliers, cerfs, biches, dains... seraient si nombreux dans nos forêts que celles-ci disparaîtraient en quelques décénies, incapables de se régénérer naturellement !

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